Le Cameroun fait face à une recrudescence alarmante des violences mortelles faites aux femmes. Selon les données communiquées par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, 50 féminicides ont déjà été recensés entre janvier et avril 2026. Cette situation fait suite aux bilans annuels de 2024 et 2025, qui affichaient …
Cameroun : flambée des féminicides et mobilisation croissante des familles pour obtenir justice

Le Cameroun fait face à une recrudescence alarmante des violences mortelles faites aux femmes. Selon les données communiquées par le ministère de la Promotion de la Femme et de la Famille, 50 féminicides ont déjà été recensés entre janvier et avril 2026. Cette situation fait suite aux bilans annuels de 2024 et 2025, qui affichaient respectivement 67 et 77 cas.
La tragédie quotidienne des familles endeuillées
Derrière ces indicateurs chiffrés se cachent des drames intimes qui brisent des communautés entières. À Yaoundé, la jeune Courage Anushuni, âgée de 18 ans, prépare les obsèques de sa mère. Géraldine Achia exerçait la profession d’institutrice. Cette trentenaire a succombé à des coups mortels. Le principal suspect, son conjoint, a été interpellé à plus de 300 kilomètres de la capitale après plusieurs jours de cavale. Il conteste son implication dans le meurtre.
Régina Mbatiabuh Ngukum, la sœur de la victime, témoigne des horreurs constatées à l’hôpital. Le corps portait de multiples stigmates de violences physiques. Elle précise également avoir découvert des photos compromettantes sur le téléphone de Géraldine, attestant de coups reçus antérieurement. La famille rejette catégoriquement les déclarations du conjoint, qui invoquait une simple dispute conjugale survenue après une sortie.
Des lacunes judiciaires et un sentiment d’impunité
De nombreuses associations locales dénoncent la persistance d’un climat d’impunité nourri par les normes patriarcales, la précarité économique et la pression en faveur d’arrangements à l’amiable.
Le cadre juridique actuel pose également question. Le Code pénal camerounais ne qualifie pas encore spécifiquement le féminicide comme une infraction autonome. Les agressions mortelles relèvent des dispositions pénales classiques relatives au meurtre. Pour la magistrate Martine Ahanda Tana, l’instauration d’une définition légale précise permettrait d’harmoniser l’action des tribunaux et d’appréhender plus finement le contexte des violences au sein du couple.
Face à cette urgence, le gouvernement annonce des évolutions institutionnelles. Fin août, la ministre de la Promotion de la femme a indiqué qu’un projet de loi consensuel serait soumis aux parlementaires dès la session de novembre.
Une mobilisation citoyenne et internationale d’envergure
La colère gagne la rue. Une marche de protestation a rassemblé des centaines de personnes le 19 septembre à Yaoundé pour exiger la fin de ces crimes. Le Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC), formation d’opposition, fustige quant à lui l’inaction des pouvoirs publics. La cause dépasse les frontières politiques, mobilisant même des personnalités comme l’internationale de football Ajara Nchout Njoya, dont le message relayé sur les réseaux sociaux a provoqué une forte adhésion.
Les statistiques mondiales rappellent la gravité du phénomène. Les Nations unies soulignent que l’Afrique enregistre le taux de féminicides le plus élevé de la planète, avec environ trois victimes pour 100 000 habitantes, contre 0,5 en Europe. Au Cameroun, les proches des victimes continuent d’implorer les autorités pour que la justice aboutisse enfin.
Restez informé(e) de nos actualités et offres
Abonnez-vous à notre newsletter
Thank you for subscribing to the newsletter.
Oups. Un problème est survenu. Veuillez réessayer.




