La cour d’appel du Kenya a annulé vendredi un arrêt historique de 2022. Cette décision ne reconnaît plus l’accès à l’avortement comme un droit fondamental. Ce revirement juridique replonge le pays dans un débat sociétal complexe. Si les opposants à l'interruption volontaire de grossesse saluent cette mesure, les défenseurs des droits des femmes craignent le …
Kenya : le droit à l’avortement recule

La cour d’appel du Kenya a annulé vendredi un arrêt historique de 2022. Cette décision ne reconnaît plus l’accès à l’avortement comme un droit fondamental. Ce revirement juridique replonge le pays dans un débat sociétal complexe. Si les opposants à l’interruption volontaire de grossesse saluent cette mesure, les défenseurs des droits des femmes craignent le pire. Désormais, des milliers de jeunes filles risquent de se tourner vers des cliniques clandestines dangereuses.
Une zone grise juridique persistante
Le Kenya demeure un pays profondément chrétien où la Constitution de 2010 reste restrictive. Elle autorise l’avortement uniquement si la vie ou la santé de la mère court un danger réel. Cependant, le code pénal hérité de l’époque coloniale n’a jamais évolué pour s’adapter à cette règle. Cette contradiction crée une insécurité juridique totale pour les patientes et les médecins. Selon le Centre for Reproductive Rights, sept femmes meurent chaque jour au Kenya suite à des interventions pratiquées dans des conditions insalubres.
L’affaire de Kilifi illustre parfaitement cette dérive. En 2019, la police a arrêté une adolescente de 16 ans sur son lit d’hôpital après des complications liées à un avortement. Le médecin qui l’avait soignée a également subi une incarcération. En 2022, la Haute Cour avait pourtant protégé ces personnes en affirmant que l’avortement relevait du droit à la santé. Mais vendredi, les juges d’appel ont brisé cet espoir. Ils estiment que la Constitution interdit expressément l’acte, sauf circonstances très limitées, et autorisent les enquêtes policières intrusives.
Des conséquences sanitaires alarmantes
Les organisations de défense des droits humains jugent ce verdict profondément décevant. Elles annoncent déjà un recours devant la Cour suprême pour protéger la dignité des citoyennes. Cette décision judiciaire intervient alors que les chiffres de la santé reproductive sont alarmants. En 2023, le pays a enregistré plus de 790 000 avortements provoqués. Parmi ces cas, plus de 300 000 femmes ont nécessité des soins d’urgence suite à des complications graves.
En interdisant l’accès sécurisé à ces soins, la justice kenyane expose les plus vulnérables à l’extorsion et au harcèlement policier. Les experts du Centre africain de recherche sur la population craignent une hausse massive de la mortalité maternelle. Le débat dépasse désormais le cadre légal pour devenir une question de survie nationale. La Cour suprême devra trancher entre la préservation des dogmes conservateurs et la protection effective de la vie des femmes kenyanes dans les mois à venir.
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